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cocarde française

As 14 - 18

Les as français de la Grande Guerre

Décorations

Profils

Joseph Vuillemin

7 victoires sûres, 8 victoires probables
Palmarès détaillé »

Joseph Vuillemin naît le 14 mars 1883 à Bordeaux, dans un milieu sans fortune particulière où son père est un simple employé et sa mère femme au foyer. Grandissant dans un quartier populaire de la ville, le jeune garçon termine sa scolarité sans obtenir le certificat d’études et devient apprenti pour exercer la profession d’électricien.

Il doit effectuer ses obligations militaires à l’âge de 20 ans mais obtient un sursis pour être incorporé une année plus tard, le 19 novembre 1904, au 14e bataillon d’artillerie à pied, stationné à La Rochelle et chargé de la défense côtière. Il va rapidement y prendre du galon jusqu’à accéder au grade de maréchal des logis fourrier en septembre 1906. L’armée semble être devenue sa vocation puisqu’il contracte un engagement volontaire au terme de son service, qu’il renouvellera à deux reprises, tout en préparant le concours d’entrée à l’école militaire de l’artillerie et du génie de Versailles. Il y sera admis le 1er octobre 1909 pour en sortir une année plus tard avec des galons de sous-lieutenant et va être affecté au 34e régiment d’artillerie d’Angoulême, puis au 52e d’artillerie également présent dans cette ville. Il y servira pendant plus de deux ans, tout en y étant promu au grade de lieutenant le 1er octobre 1912. Le 12 mars 1913, il est muté au 62e régiment d’artillerie à Epinal et Bruyères, où sa carrière va prendre un tournant.

Fasciné par l’aviation comme nombre d’hommes de sa génération, il saisit l’opportunité d’un appel à volontaires pour intégrer la nouvelle aviation militaire et s’y retrouve détaché le 1er juillet 1913 pour y devenir pilote, obtenant son brevet civil sur avion Caudron et son brevet de pilote militaire le 28 novembre 1913. Devenu un des rares pilotes d’avant 1914, il est officiellement affecté au 32e régiment d’artillerie mais dans les faits est employé comme moniteur à l’école de pilotage militaire de Reims quand éclate la guerre.

Le général Bernard, chef de de la direction de l’aéronautique pense que la guerre sera courte et fait fermer toutes les écoles de pilotage de l’armée. Les instructeurs du centre de Reims, dont le lieutenant Vuillemin fait partie, se retrouvent désœuvrés et décident de leur initiative de former une escadrille avec leurs appareils d’instruction, des Caudron G2, qu’ils mettent à disposition de la 5e armée française. Engagée en opérations le 20 août 1914, l’escadrille CM dirigée par le capitaine Paul Gérard va suivre le mouvement de repli de la 5e armée française puis participer à la bataille de la Marne, au cours de laquelle Vuillemin est décoré de la croix de chevalier de la légion pour « s’être particulièrement distingué depuis le début de la campagne ».

Une fois le front stabilisé, l’escadrille CM, rééquipée en Caudron G3, va se fixer en Champagne et Joseph Vuillemin va en prendre le commandement le 13 janvier 1915, l’unité étant redésignée C 39 le 10 mars 1915. Il va y sillonner le secteur pour des missions d’observation et de réglage d’artillerie à bord de son Caudron G.3 emmenant un observateur. Bien que pilote d’observation, il ne va jamais hésiter à attaquer les appareils ennemis qui croisent sa route et va rapidement passer sur un autre appareil, le Caudron G.4 bimoteur, dont il réalise personnellement les essais sur le terrain de la Réserve Générale Aéronautique du Bourget, et dont il est un des premiers pilotes à voler opérationnellement au front.

C’est le 26 juin 1915 qu’il prend avec des galons de capitaine la direction de l’escadrille qui le rendra célèbre, la C 11, qui est alors l’escadrille d’observation de la place-forte de Verdun, alors un secteur très calme du front. Il va y multiplier les missions et réaliser plusieurs combats contre des avions allemands qui croisent sa route ; l’un d’eux, descendu le 12 septembre 1915 lui sera officiellement homologué en collaboration avec son observateur. En février 1916, un orage d’acier s’abat sur Verdun et l’escadrille C 11 se retrouve en première ligne, ses appareils étant constamment harcelés par les Fokker Eindecker allemands qui ne tardent pas à céder du terrain devant les renforts aériens français qui affluent sur le secteur. Au cours des nombreux combats qu’il mène et où son Caudron G.4 revient souvent les ailes trouées par la DCA ennemie, il obtient une seconde victoire aérienne homologuée le 30 mars 1916 avec son observateur le Lt Paul Moulines.

L’escadrille C 11 s’envole pour la Somme à la fin du mois de juin 1916 et les pilotes de l’unité décident peu après de se doter de leur célèbre insigne, la cocotte en papier qui passe à la postérité sous le nom de cocotte Vuillemin. Après de nombreuses missions de réglage d’artillerie et de bombardement derrière les lignes ennemies, la C 11 est envoyée au repos en Lorraine au mois de janvier 1917 puis repart au combat pour l’offensive du Chemin des Dames au mois d’avril suivant. Vuillemin, pilotant un triplace Letord, y remportera sa 3e victoire officielle avec son équipage le 11 mai 1917.

Le 16 octobre 1917, peu avant que des Breguet 14 ne soient livrés à son escadrille, il en laisse le commandement à un de ses pilotes et va, avec des galons de commandant, prendre la direction de la 12e escadre de bombardement le 20 février 1918, une des composantes de la Division Aérienne dirigée par le général Duval. Il se retrouve ainsi à la tête de 9 escadrilles de bombardement, toutes équipées de Breguet 14, qui sont la force de frappe de cette gigantesque armada que constitue la Division Aérienne et qui va être de tous les combats pour contrer les offensives lancées par les troupes allemandes au printemps 1918. Volant souvent avec son adjoint le lieutenant Dagnaux en observateur, Vuillemin mène personnellement ses pilotes au combat et réalise tout particulièrement des vols de reconnaissance en solitaire pour reconnaître les objectifs. Au terme de très nombreuses missions, il remportera 4 nouvelles victoires homologuées (dont 2 avec Dagnaux comme observateur), et termine la guerre avec un total de 7 victoires homologuées tout en n’ayant jamais été pilote de chasse ! Rare honneur pour un pilote de 14-18, il est décoré de la rosette d’officier de la légion d’honneur avant l’armistice.

Une fois les combats terminé, le commandant Joseph Vuillemin va rester dans l’armée pour entamer une longue carrière dans l’aéronautique militaire puis l’armée de l’air dont il prendra le commandement. Resté à la tête de son escadre en 1919 alors que celle-ci stationne en Allemagne occupée, il va faire plusieurs allers et retours entre les pays Rhénans et l’Afrique du nord au début des années 1920 pour finalement prendre le commandement par intérim de l’aviation d’Algérie en septembre 1925 avec des galons de lieutenant-colonel. Il s’y marie en septembre 1927 avec Mlle Yvonne Archambault dont il aura une fille.

Nommé colonel en juin 1928, puis commandant par intérim de l’aviation du Maroc en 1932, il obtient en février 1933 ses deux étoiles de général de brigade, peu avant la naissance officielle de l’armée de l’air qu’il rejoint. Au mois d’octobre suivant il va quitter le Maroc pour la France, mais pour mieux revenir en Afrique réaliser l’exploit qui lui vaudra une immense célébrité : la croisière noire. Réalisée du 9 novembre au 26 décembre 1933, il s’agit d’un raid aérien mené en plusieurs étapes par 30 Potez 25 TOE à travers toutes les possessions africaines française, à commencer par l’Afrique du Nord, la traversée du Sahara, puis un vol de Dakar jusqu’à Bangui en Afrique Equatoriale Française et retour, pour un total de 25 000 km parcourus en 170 heures de vol. La nouvelle armée de l’air réalise ainsi un bel exploit technique qui masque cependant le retard industriel que prend la France car les Potez 25 TOE n’ont que pour qualité leur grande fiabilité, sans être pour autant à la pointe de la technique aéronautique mondiale.

Joseph Vuillemin en tire légitimement un immense prestige qui va lui servir pour sa carrière. Nommé en juin 1934 inspecteur adjoint à l’inspecteur général de l’aviation de bombardement, puis en septembre adjoint à l’inspecteur de l’aviation de défense métropolitaine, il suit au mois de mai 1935 les cours du centre des hautes études militaires et reçoit le commandement du 1er corps aérien en août 1936. Le 14 octobre 1936 il est nommé général de division et le 18 février 1938, il est nommé chef d’état-major de l’armée de l’air où il passera général d’armée le 24 juin 1939.

Il se retrouve aux commandes de l’armée de l’air quand éclate la seconde guerre mondiale dont il n’ignore rien de l’infériorité technique face à l’Allemagne nazie, et fait de son mieux pour en avertir le pouvoir politique qui cherche d’ailleurs à gagner du temps pour permettre à l’armée française à combler son retard, d’où 9 mois de « drôle de guerre » où aucune action offensive n’est entreprise. Quand survient l’attaque allemande du 10 mai 1940 l’aviation française va durement souffrir face à l’aviation allemande et va se retrouver sur le banc des accusés à l’armistice. Cependant, le général Joseph Vuillemin ne va pas connaître le sort réservé au général Gamelin, le chef d’état-major de l’armée française, qui va se retrouver emprisonné par le régime de Vichy avec plusieurs autres responsables politiques et mis en accusation lors du procès de Riom. Joseph Vuillemin est pour sa part maintenu dans l’aviation d’armistice en tant qu’inspecteur général de l’armée de l’air, puis le 5 novembre 1940 il va demander à être mis en congé du personnel naviguant pour se retirer dans sa villa du cap Matifou, près d’Alger. Il n’exerce aucune action politique ou militaire sous le régime de Vichy.

Quand l’Afrique du Nord reprend la lutte aux côtés des alliés, il cherche à apporter son concours à l’armée de l’air réarmée par les alliés en se présentant avec des galons de lieutenant-colonel dans une escadrille équipée de B-26 Marauder dans le but d’y effectuer des missions de bombardement, mais son état de santé ne pourra lui permettre de mener ce projet à bien. Sans fonction militaire, il et placé en section de réserve le 14 mars 1945.

En 1946, il va fonder une petite compagnie de transport aérien, la Compagnie Algérienne des Transports Aériens (CATA), dont les appareils, quatre NC 702 puis trois Douglas DC-3, vont être décorés de sa célèbre cocotte. La compagnie sera absorbée en 1950 par la société Aigle Azur. Installé en France après l’indépendance de l’Algérie, il est décédé d’une crise cardiaque le 23 juillet 1963 à l’hôpital militaire de Lyon.

Sources

- Dossier individuel SHD n° 1P12558/2

Palmarès de Joseph Vuillemin

DateHeureEscadrilleAvion pilotéRevendiquéLieuNotes
P1 26-août-15 C 11 Albatros C Vigneulles Avec S/Lt Guy de Lubersac en observateur
P2 09-sept-15 C 11 Albatros C Vigneulles Avec un observateur inconnu
1 12-sept-15 C 11 Caudron G.4 Avion Vigneulles Avec Lt Paul Dumas en observateur
P3 12-sept-15 C 11 Caudron G.4 Avion Vigneulles Avec Lt Paul Dumas en observateur
P4 12-sept-15 C 11 Caudron G.4 Albatros C St Mihiel Avec Lt Paul Dumas en observateur
P5 26-févr-15 C 11 Caudron G.4 Aviatik C Les éparges Avec un observateur inconnu
2 30-mars-16 C 11 Caudron G.4 Fokker E Marcheville-en-Woëvre Avec Lt Paul Moulines en observateur
3 11-mai-17 C 11 Avion Sapigneule Avec Sgt Descamps(obs) et Lt de Lubersac (mitrailleur)
P6 29-juil-17 C 11 Aviatik C Verdun Avec un observateur inconnu
P7 29-sept-17 C 11 Avion Verdun Avec un observateur inconnu
P8 29-sept-17 C 11 Avion Verdun Avec un observateur inconnu
4 23-avr-18 Escadre 12 Breguet 14 Rumpler C Montigny-Ravenel Avec Lt Dagnaux en observateur
5 07-juil-18 Escadre 12 Breguet 14 Rumpler C.IV Tahure, St. Mihiel Avec Lt Chalus en observateur
6 11-juil-18 Escadre 12 Breguet 14 Avion Avec Lt Dagnaux en observateur
7 04-oct-18 Escadre 12 Breguet 14 Fokker D.VII Semide Avec Adj Borel en observateur - avion pousuivant un SPAD