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cocarde française

As 14 - 18

Les as français de la Grande Guerre

 

Définition des victoires

Par victoire homologuée, on entend une revendication d’un pilote ou d’un mitrailleur qui ait été approuvée par les autorités militaires. L’armée française l’accordait quand les débris de l’appareil ennemi étaient retrouvés dans les lignes françaises, mais aussi - contrairement à ce qui est écrit à tord dans de nombreuses publications contemporaines - quand l’appareil ennemi est tombé dans ses propres lignes à condition que le fait en ait été attesté par plusieurs témoins étrangers à l’escadrille du pilote, le plus souvent des poilus postés dans les premières lignes.

Toutes les victoires homologuées des as figurent dans un tableau annexé à la fin de leurs biographies. Il est à noter que certaines de ces victoires ont pu être obtenues en collaboration avec d’autres pilotes, mais elles valent une victoire entière pour le pilote – le décompte fractionné « à l’américaine », ayant eu cours durant la seconde guerre mondiale (par exemple 0.25 victoire pour un appareil abattu à quatre), n’avait aucun sens dans l’aviation française de la première guerre mondiale.

Cependant, ce décompte fractionné a tout son sens pour comprendre l’importance militaire des as. Ils remportent exactement 1 322.45 victoires homologuées (1263.42 aux 175 as français + 59.03 aux 9 as étrangers dans l’aviation française). Un total de 2817.93 victoires ont été homologuées à toute l’aviation française durant la première guerre mondiale sur tous les fronts (français, orient, italien, russe). Ce qui fait que 47 %, soit à peu près la moitié des victoires, ont remportées par seulement 177 pilotes (et 7 mitrailleurs, dont 3 d’entre eux sont ultérieurement devenus pilotes). Sachant qu’environ 7300 pilotes de chasse ont été formés durant la guerre, les as représentent par conséquent 2.5 % du total… et 47 % des victoires ! Les as sont avant tout une réalité militaire avant d’être un produit de la propagande.

Il est à noter qu’une victoire homologuée ne correspond pas forcément à une victoire réelle : le pilote ennemi a pu survivre au combat en s’écrasant dans ses lignes, voire même son avion qui a pu se poser endommagé dans un champ. En 1918, les pilotes allemands sont dotés de parachutes. En 1917 et 1918, l’aviation française homologue 2 220.43 victoires à ses pilotes sur l’ensemble des fronts (français, italien, orient, roumain, russe) et les archives allemandes montrent la mort, la disparition ou la capture de 1042 de leurs pilotes sur la partie française du front occidental ainsi que sur le front d’orient - soit un ratio de 47 % de pilotes allemands dont la perte est prouvée par rapport aux homologations françaises. Dit autrement, un pilote allemand meurt ou se fait capturer pour deux victoires homologuées françaises.

Pour l’aviation britannique, les choses en sont autrement. On peut lire sur nombre de site anglo-saxons d’impressionnantes listes d’as britanniques aux scores très élevés - Bishop 72, Mannock 61, Collishaw 60, etc... Il est nécessaire de préciser que l’aviation britannique subit de très lourdes pertes durant toute la guerre, conséquence d’un système de formation des pilotes inadapté, d’un retard de leur industrie aéronautique et de tactiques d’offensive à outrance surannées. En conséquence, pour remonter le moral d’escadrille qui sont décimées, un système d’homologation extrêmement laxiste est adopté - en gros en se basant sur la simple parole du pilote. Les historiens britanniques ont évalué à près de 11 000 le nombre de victoires revendiquées par leurs pilotes. Les pertes en pilotes allemands sur le front britannique se montent en 1917 et 1918 à 1 068 pilotes, soit un ratio inférieur à 10 % de pilotes perdus par rapport aux revendications britanniques. Dit autrement, un pilote allemand meurt ou se fait capturer pour 10 victoires homologuées britanniques.