MENU
cocarde française

As 14 - 18

Les as français de la Grande Guerre

Décorations

Profils

Charles Nungesser

Indestructible

43 victoires sûres (dont 7 drachens), 15 victoires probables
Palmarès détaillé »

Charles, Eugène, Jules, Marie, Nungesser nait à Paris le 15 mars 1892 dans une famille de petits commerçants, ses parents tenant une boucherie. Mais ils vont divorcer alors qu’il est encore enfant et c’est chez sa mère, installée à Valenciennes, que va vivre le jeune Charles, en rendant toutefois visite à son père qui s’est remarié et a ouvert une nouvelle boucherie à St Mandé – Charles aura trois demi-frères du second mariage de son père. Adolescent, il suit les cours de l’école nationale professionnelle Armentières où il se montre assez doué et se destine à préparer l’école des arts et métiers.

Mais le jeune homme se montre bien naïf : quittant le domicile de sa mère dans l’idée de gagner sa vie, il se fait voler ses économies par un escroc qui le conduit à dilapider sa fortune au casino de Monte-Carlo et à contracter plusieurs emprunts. Poursuivi par ses créanciers, il décide de s’enfuir en Argentine le 12 juillet 1912 où vit une des sœurs de sa mère. Après plusieurs déboires, il va retrouver cet oncle dans sa ferme près de la ville de Tucuman et y vivre une vie de Cow-boy, envoyant de temps à autre un peu d’argent à sa mère. Il n’y fait pas cependant fortune et se décide à rentrer en France au début de l’année 1914 pour y effectuer son service militaire, ses reports d’incorporation étant épuisés.

Incorporé au 2e régiment de Hussards en mai 1914, la guerre éclate trois mois plus tard et le jeune homme va se distinguer dans un fait d’armes peu commun le 1er septembre 1914, en ramenant dans les lignes françaises une voiture d’état-major allemande dont il a tué les occupants et découvert d’importants documents. Surnommé « Le hussard de la Mors » (du nom de la voiture capturée, une Mors) par le général français qui le reçoit, il est récompensé du grade de brigadier, de la médaille militaire, et, plus intéressant pour lui, par la mutation dans l’aviation qu’il appelle de ses vœux.

Il part en école de pilotage en janvier 1915 pour en sortir breveté sur bombardier Voisin LAS et affecté à l’escadrille VB 106 près de Dunkerque. Il rallie sa formation le 8 avril 1915 avec le mécanicien qui lui a été affecté, le maitre ouvrier Roger Pochon, qui devient son ami et l’accompagne occasionnellement en mission. Celles-ci ont lieu sur des gares et dépôts allemands dans les Flandres, au cours desquelles il essuie des tirs de DCA et rencontre des appareils ennemis qu’il essaie d’affronter, jusque-là sans succès. Mais, fin juin 1915, quand la VB 106 s’installe près de Nancy sur le plateau de Malzéville, Charles Nungesser remporte son premier succès avec son mitrailleur nommé Gaston André, contre un biplace allemand forcé de se poser entre les lignes et qui est capturé sans son équipage qui a réussi à détaler. L’avion est exposé sur la place Stanislas à Nancy et permet à Nungesser de commencer à goûter à la célébrité car les journaux nationaux parlent de son exploit.

Passant dans la chasse à sa demande, il est instruit au pilotage du nouveau chasseur Nieuport 10 même si on lui impose un stage à Lyon sur bombardier Caproni. Il est alors muté fin octobre 1915 à la nouvelle escadrille de chasse N 65 qui s’installe à Nancy-Malzéville. Très vite, à bord de son chasseur, Charles Nungesser va abattre un avion allemand le 28 novembre qui sera le premier d’une longue série dans sa carrière de pilote de chasse. Mais début janvier 1916, en raison d’une pénurie de pilotes entraînés, il est également sollicité pour faire des missions aux commandes du bombardier Caproni à l’escadrille CEP 115 qui stationne sur le même terrain que la sienne, et va être victime d’un grave accident à bord de l’un d’eux le 17 janvier, qui lui vaudra un séjour à l’hôpital – également le premier d’une longue série !

On le trouve au Bourget le 30 janvier 1916 où il essaie le prototype d’un nouveau chasseur, le Ponnier, un petit appareil instable avec lequel il s’écrase lors d’une vrille au décollage. Il en ressort littéralement en miettes avec les jambes et la mâchoire fracassée. Les médecins militaires lui proposent la réforme, qu’il refuse et regagne son escadrille en faisant le mur de l’hôpital le 29 mars 1916 pour participer à la défense de la ville de Verdun où se concentre toute la chasse française.

C’est là que sa carrière va décoller : bien que marchant à grand peine avec des béquilles, il va remporter trois victoires aériennes en l’espace de trois jours, les 2, 3 et 4 avril 1916, qui, outre sa promotion au grade de sous-lieutenant, vont lui valoir l’honneur de figurer au communiqué aux armées du 21 avril 1916 pour sa 5e victoire – il est le 3e pilote français ainsi distingué, après Guynemer et Navarre qui est le meilleur pilote en titre. Les combats continuent néanmoins à Verdun et son score va progressivement augmenter, ainsi que ses chutes : le 26 avril, il attaque seul aux commandes de son Nieuport 16 un groupe d’avions ennemis, dont il descend le dernier de la formation mais doit affronter les six autres qui lui font passer un très mauvais quart d’heure, le criblant de plomb et le forçant à s’écraser dans les tranchées françaises. Fin juillet 1916, alors que se termine pour lui la bataille de Verdun, son score est à 12 victoires et son avion, qu’il a décoré de son symbole personnel d’un cœur noir contenant un symbole macabre, est alors célèbre dans toute la France.

Il va encore augmenter lors de la bataille de la Somme, où l’élite de la chasse française stationne sur le terrain de Cachy près d’Amiens. Il est alors le 2e français derrière Guynemer dont il talonne le score, les deux pilotes se jalousant… C’est la grande vie pour Charles Nungesser qui mène grand train lors de ses permissions à Paris, profitant des primes qu’il reçoit pour ses victoires et des cadeaux des constructeurs aéronautiques au point d’emménager dans un appartement sur les Champs Elysées.

Quand se termine l’année 1916, son score est à 21 victoires mais il doit s’arrêter pour subir une opération des jambes en janvier 1917. Il impose les conditions de sa convalescence à ses médecins comme à sa hiérarchie : il ne dépendra d’aucune escadrille (bien que rattaché administrativement à la VB 116) et reprendra la lutte à partir du terrain de Dunkerque d’où il peut être suivi médicalement par l’hôpital à proximité. Il remportera 9 nouvelles victoires durant l’année 1917 dans ce curieux arrangement, jusqu’au mois de septembre qui voit la guerre aérienne se déplacer dans les Flandres et où va disparaître son rival Georges Guynemer, le laissant avec le titre médiatique d’as des as. Il est alors considéré guéri au point de retourner dans son escadrille N 65 le 30 septembre 1917. Mais il va vite retourner à l’hôpital, car, rentrant le 9 octobre d’une soirée de fête à Paris dans son automobile conduite pas son mécanicien Pochon, il est victime d’un grave accident de la route où Pochon perd la vie.

Résultat : trois mois d’hôpital, et une forme physique compromise pour longtemps. Retournera au combat à la SPA 65 en janvier 1918, où, volant sur SPAD quand il le souhaite, il jouit d’une complète autonomie. Il va se montrer assez concerné par les nouveaux chasseurs dont parlent les médias et qui talonnent son score de 30 victoires. Il va dès lors chercher à l’augmenter et remporter pas moins de 13 nouvelles victoires en 1918, allant jusqu’à importuner les poilus dans les tranchées pour recueillir les témoignages d’homologation. Ce sera toutefois insuffisant pour tenir la course face à René Fonck qui le dépasse définitivement au score au mois de mars 1918. Nungesser, affaibli, obtient sa 43e et dernière victoire le 15 août 1918 avant de devoir quitter la lutte. Il tient cependant à rester sous les projecteurs des médias et le 26 août 1918 s’offre un nouveau coup d’éclat en participant à la traversée de Paris à la nage, et, s’il ne remporte pas la compétition, s’affirme comme le porte-parole des mutilés de guerre et s’attire les vivats du public.

Quand la guerre se termine, Nungesser se retrouve avec de sérieux problèmes financiers car les primes et cadeaux des constructeurs ne viennent plus ; de plus il est poursuivi en justice pour deux accidents de la route mortels dont il a été jugé responsable aux commandes de son véhicule avec lequel il roulait à tombeau ouvert dans les rues de Paris. Il fonde alors une école de pilotage qui ouvre en 1921 mais ferme en 1923 car l’as n’est pas aussi bon gestionnaire que pilote. Il se marie le 28 juillet 1923 avec une jeune et jolie américaine, ce qui lui vaut la une des journaux, et part faire une tournée des plages avec son cirque volant qui reconstitue ses combats aériens de la guerre. Ses performances sont remarquées outre-Atlantique et, invité par l’American Legion des anciens combattants, embarque avec son épouse pour les Etats-Unis fin octobre 1923 pour s’y produire à travers tout le pays. Il se fera même acteur en tournant fin 1924 un film, « The Sky Raider », le mettant en scène comme as de l’aviation.

Terminant sa tournée américaine, il rentre en France en septembre 1925 avec de nombreux soucis financiers : son épouse a demandé le divorce et l’a condamné en justice à lui verser près de 5000 $ d’indemnités… C’est pour se relancer qu’il s’embarque dans le projet de traverser l’Atlantique en tentant de réussir le premier Paris / New-York et de remporter le prix Orteig de 25 000 $. Plusieurs autres aviateurs sont sur le départ et Nungesser, qui s’est adjoint le concours du navigateur François Coli, va s’élancer du Bourget sur un Levasseur PL-8 surnommé « l’oiseau blanc » le 8 mai 1927, après avoir réalisé des essais sommaires. Leur appareil, après avoir décollé et quitté les côtes françaises, va disparaître dans l’Atlantique.

Sources

- Article de David Méchin dans le Fana de l’Aviation n°551 et 552 (octobre et novembre 2015) : "Nungesser, la rage de vaincre".
- Carnet d’emploi du temps de Nungesser, Service historique de la défence - Air (SHDA).
- Journal de marche et cahier de comptabilité de campagne de l’escadrille SPA 65.
- Archives orales SHDA : Témoignages Coadou, Allez, Germain, Tarascon.
- "Le chevalier du ciel", par Marcel Jullian.
- La guerre aérienne illustrée, divers numéros.
- Archives des journaux New York Times, Times magazine, Le petit Parisien, Le Figaro, etc...

Palmarès de Charles Nungesser

DateHeureEscadrilleAvion pilotéRevendiquéLieuN° réélNotes
1 31-juil-15 VB 106 Voisin LAS Albatros C Nancy 1 Avec Soldat Gaston André en mitrailleur. Appareil capturé, équipage en fuite.
2 28-nov-15 N 65 Nieuport 11 Albatros C Nomeny 2 Vfw August Blanck + Ltn Von Kalckreuth, du BAM, tués à Mailly sur Seille près de Nomeny.
P1 31-mars-16 N 65 Nieuport Albatros C Louvemont-Douaumont 3 Appareil perdu, équipage sauf.
3 02-avr-16 N 65 Nieuport Drachen Septsarges 4
4 03-avr-16 N 65 Nieuport LVG C Hauts fourneaux 5 Ltn Hans Keithe (Obs), du Fl Abt (A) 211, tué à Chassogne-Ferme.
5 04-avr-16 N 65 Nieuport Bimoteur Hauts fourneaux 6 Ltn Robert Halbing (?)
6 25-avr-16 N 65 Nieuport LVG C N. Verdun 7 Vfw Helmut Peters + Ltn Walter Kachler, KG 5, tué.
7 26-avr-16 N 65 Nieuport 16 n°880 LVG C Forêt de Spincourt
8 19-mai-16 N 65 Nieuport LVG C Bois des forges 8 Uffz Friedrich Nottebohm tué.
9 22-mai-16 N 65 Nieuport Drachen Verdun 9 Fusées Le Prieur utilisées
10 22-juin-16 N 65 Nieuport Avion de chasse Lamorville 10 OfStv Fritz Muller + Ltn Walter Von der Ohe, Fl Abt 59
11 22-juin-16 N 65 Nieuport Avion de chasse Lamorville
12 21-juil-16 N 124 Nieuport 17 n°1490 Aviatik C Seuzey 11 ObLtn Otto Parschau tué.
P2 22-août-16 18h20 N 65 Nieuport Avion Aigécourt
13 25-août-16 11h50 N 65 Nieuport LVG C Royé-Narlu
14 14-sept-16 7h06 N 65 Nieuport Albatros C E. Falvy 12 Ltn Fritz Gerstle tué.
P3 14-sept-16 N 65 Nieuport Avion
P4 26-sept-16 7h15 N 65 Nieuport Biplace Spincourt - Lechelle
15 26-sept-16 7h45 N 65 Nieuport Biplace Le Transloy 13 Ltn Richard Holler (O), FlAbt 6, tué.
16 26-sept-16 8h05 N 65 Nieuport Drachen Neuville 14
17 26-sept-16 10h45 N 65 Nieuport Albatros C Rocquigny 15 Ltn Max Pawlowski (O), FlAbt (A) 222, tué.
P5 23-nov-16 13h15 N 65 Nieuport Avion Licourt
18 23-nov-16 14h30 N 65 Nieuport LVG C S. Falvy
19 04-déc-16 12h35 N 65 Nieuport LVG C O. Nurlu 16 OfStv Karl Ehrenthaller, Jasta 1, tué.
20 04-déc-16 13h05 N 65 Nieuport Halberstadt Bois de Vallulart
21 20-déc-16 11h20 N 65 Nieuport Avion S. Rouy le Grand 17 Ltn Kurt Haber (5 vict.), Jasta 3, tué.
22 01-mai-17 V 116 Nieuport Albatros D III Slype
23 01-mai-17 V 116 Nieuport Albatros D III Poperinghe 18 Ltn Alexander Kutscher, Jasta 28, tué.
P6 02-mai-17 V 116 Nieuport Avion
24 03-mai-17 V 116 Nieuport Rumpler C Nieuport-Marvaux
25 09-mai-17 V 116 Nieuport DFW C
26 12-mai-17 V 116 Nieuport Avion Savy
27 12-mai-17 V 116 Nieuport Avion
28 26-juin-17 V 116 Nieuport Avion Fôret d’Houthulst
29 26-juin-17 V 116 Nieuport Avion Fôret d’Houthulst
30 16-août-17 V 116 Nieuport Gotha G S. Fôret d’Houthulst
P7 10-sept-17 V 116 Nieuport Avion Secteur de Dunkerque
P8 21-janv-18 N 65 SPAD Avion
P9 29-janv-18 N 65 SPAD Albatros
31 12-mars-18 N 65 SPAD Avion Craonne
32 31-mars-18 N 65 SPAD Chasseur Lagny En coll. avec Sgt Gérard.
P10 02-mai-18 Spa 65 SPAD Avion
P11 02-mai-18 Spa 65 SPAD Avion
33 04-mai-18 Spa 65 SPAD Biplace N. Bouissancour
34 04-mai-18 Spa 65 SPAD Biplace S. Marquivillers
P12 04-mai-18 Spa 65 SPAD Avion Marquivillers
35 15-mai-18 Spa 65 SPAD Biplace Erchau En coll. avec Adj Camplan. Ltn Albrech Spiess (P), FlAbt 15, tué.
36 05-juin-18 Spa 65 SPAD Biplace O. Château-Thierry
P13 13-juin-18 Spa 65 SPAD Triplace
P14 13-juin-18 Spa 65 SPAD Triplace
37 30-juin-18 18h45 Spa 65 SPAD Fokker Moreul le Monthe
38 16-juil-18 13h25 Spa 65 SPAD Chasseur Mericourt
39 14-août-18 Matin Spa 65 SPAD Drachen 19
40 14-août-18 Matin Spa 65 SPAD Drachen 20
41 14-août-18 Après-midi Spa 65 SPAD Drachen 21
42 14-août-18 Après-midi Spa 65 SPAD Drachen 22
43 15-août-18 Spa 65 SPAD Avion En coll. avec Adj Henriot et Sgt Millot
P15 15-août-18 Spa 65 SPAD Drachen Picardie 23 Picardie