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cocarde française

As 14 - 18

Les as français de la Grande Guerre

Décorations

Profils

François Battesti

7 victoires sûres, 1 victoires probables
Palmarès détaillé »

François Marie Noël Battesti nait le 5 mai 1890 à Azzana, un village de Corse du sud situé à l’intérieur de l’île, à 20 kilomètres au nord-ouest d’Ajaccio. Sa famille est plutôt aisée puisque son père exerce la profession de notaire. Le jeune garçon se montre visiblement rétif à l’éducation en n’obtenant aucun diplôme malgré l’aisance familiale et à 18 ans décide de s’engager dans l’armée pour une durée de 5 ans, le 14 octobre 1908. Incorporé au 108e régiment d’infanterie de Bergerac en Dordogne comme simple soldat, il y sert avec application et y prend laborieusement du galon en étant nommé caporal en septembre 1910 et sergent en octobre 1912. Il « rempile » au terme de son engagement et sert au 24e régiment d’infanterie dans la région parisienne, d’où il se porte volontaire pour l’aviation militaire alors naissante. Détaché dans ce nouveau service le 3 décembre 1913, il obtient son brevet de pilote militaire le 3 avril 1914 et fait partie de la toute petite phalange des pilotes militaires d’active quand éclate la guerre.

Il est immédiatement affecté à l’escadrille BL 18 de Dijon, puis à la BL 3 de Belfort mais il est victime d’un accident de vol au décollage avec son mécanicien qui le laisse grièvement blessé de plaies au visage et d’une double fracture à la jambe droite. Hospitalisé, il ne reprend le service qu’au mois de décembre 1914 où il part se former à Pau sur de nouveaux types d’appareils, gagnant ensuite l’escadrille BL 10 le 20 mars 1915 au moment où celle-ci reçoit ses premiers Caudron G.3. Battesti va y effectuer près de deux années de service en étant promu adjudant le 9 mai 1915, volant après l’été 1915 sur Caudron G.4 bimoteur. Il ne laisse aucun doute sur ses origines et ses affinités en décorant ses G.4 du surnom de « L’aiglon » ou « Petit Napoléon » ! Souvent touché par la DCA, il descendu par elle le 8 juillet 1916 et sort du crash avec une fracture à la clavicule droite. Évacué vers l’hôpital militaire d’Abbeville, il apprend au cours de sa convalescence sa promotion au grade de sous-lieutenant le 27 juillet 1916. Rentré à son unité le 16 août, il va alors se porter volontaire pour servir dans une escadrille de chasse et sa demande va être acceptée au début de l’année 1917.

Après une formation sur avion de chasse, il se retrouve affecté à l’escadrille N 73 que dirige l’as Albert Deullin, et qui fait partie du Groupement de Combat n°12, dit Groupe des Cigognes, unité d’élite que dirige le commandant Antonin Brocard. Battesti va livrer ses premiers combats de chasseur sur le secteur du Chemin des Dames et remporter sa première victoire homologuée le 24 avril 1917 et une seconde le 4 juillet 1917 qui lui vaut sa promotion au grade de lieutenant. Il suit alors son unité sur les Flandres où les pertes vont être assez lourdes pour les chasseurs français. Georges Guynemer va notamment disparaître au combat le 11 septembre 1917 et Battesti, qui a effectué plusieurs missions de combat avec lui, va vénérer sa mémoire toute sa vie durant. Il va pour sa part remporter sa 3e victoire officielle le 12 novembre 1917, qui lui vaudra la légion d’honneur au début de l’année 1918. Battesti témoigne avec émotion que son chef d’escadrille Albert Deullin dont il souligne les qualités humaine, apprenant la nouvelle de l’attribution de la légion d’honneur à son équipier, lui remet personnellement en enlevant sa propre médaille de sa poitrine.

Volant sur SPAD XIII en 1918, il va remporter de nouvelles victoires les 22 mai, 12 juin et 16 juillet 1918, faisant de lui un as mais sans en tirer la moindre célébrité car le seuil pour figurer au communiqué officiel a été porté à 10 victoires aériennes. Néanmoins, privilège réservé aux as, il reçoit un SPAD XII-Canon au mois de septembre 1918 avec lequel il remporte probablement son 7e et dernier succès le 29 octobre 1918, au Nord de Laon.

L’armistice signée, le lieutenant Battesti souhaite rester dans l’armée pour y faire carrière. Il est alors détaché à l’état-major de l’escadre de combat n°1 en 1919, puis reçoit le 1er janvier 1920 le commandement de l’escadrille SPA 95 stationnant en Allemagne occupée. Le jeune pilote victorieux durant la guerre se transforme alors en un militaire frustre et brutal, comme le montrent les notations écrites que laissent ses supérieurs qui toute sa carrière durant soulignent son manque de culture.

Sans doute animé par le désir de se battre, Battesti va demander à être affecté à l’aviation du Levant où des combats ont lieu contre des indigènes. Il est muté le 18 mai 1921 au 35e régiment d’aviation de l’aéronautique de l’armée du Levant mais le paludisme le contraint à retourner en France pour raisons médicales cinq mois plus tard. Après une année au 3e régiment d’aviation, il obtient de repartir au 35e régiment d’aviation du Levant de 1922 à 1926, période durant laquelle il est promu capitaine.

Rentré en France, il va se marier le 11 mars 1926 avec Mlle Gabrielle Guilminot, avec qui il vivait en concubinage depuis un an. En 1927, il va se porter volontaire pour être instructeur de vol en Roumanie auprès des militaires locaux. Sa requête ne sera pas acceptée, car ses supérieurs vont juger que son manque de pondération et d’éducation donneraient une image trop défavorable de l’aviation française... Car, s’il est toujours considéré comme un pilote hors pair (il reçoit une lettre de félicitation du ministre Laurent-Eynac pour avoir conduit un vol groupé de chasseurs de Strasbourg à Varsovie du 28 août au 5 septembre 1929), ses problèmes de caractère ne s’améliorent pas et les appréciations de ses supérieures se suivent en se ressemblant : « Instruction générale un peu faible et caractère trop impulsif », « Instruction et éducation primaire. Caractère très violent et très susceptible », ou encore « J’ai pu parfois constater que le magnifique soldat qu’est le capitaine Battesti avait la tête près du bonnet.  » Retournant au Levant en 1932 comme adjoint au commandant du groupe d’Alep, il rentre en France en mai 1934 et adhère au parti franciste de Marcel Buccard, parti proposant ouvertement d’instaurer le fascisme en France sur le modèle de l’Italie.

Le 15 septembre 1934, il est nommé instructeur à l’école d’Istres, réalisant la formation des sous-officiers du personnel naviguant. Il va y être victime d’un accident d’avion le 5 avril 1935 qui lui causera une violente commotion. Se rétablissant du choc, il va demander le 15 juin 1935 sa mise en congé définitive du personnel naviguant. Le 3 février 1936, moins d’un mois avant que son congé devienne effectif, il va le faire annuler, au grand dam de ses supérieurs. En raison d’une pénurie de cadres officiers, et malgré son caractère difficile, il sera maintenu dans le personnel naviguant, promu au grade de commandant le 15 mars 1937 et affecté au Maroc à la base aérienne de Marrakech.

Quand éclate la seconde guerre mondiale le 2 septembre 1939, il demande à aller dans une unité combattante. Ses chefs son plutôt ravis de s’en débarrasser et appuient sa demande... Il est alors affecté à l’aviation du Levant, gagnant Beyrouth le 23 janvier 1940. On lui confiera le commandement du groupe n°3 du Levant le 5 juin 1940, puis celui de la base de Beyrouth le 4 juillet suivant. Il ne verra en fait aucun combat : le 30 septembre 1940, atteint par les nouvelles limites d’âges instituées par le général Bergeret, secrétaire d’état à l’air du gouvernement de Vichy, le commandant Battesti est radié des cadres de l’armée d’active et placé dans la réserve.

Autorisé à résider au Levant, il va multiplier les démarches pour être réintégré dans l’armée d’active à un poste combattant quand les troupes anglo-gaullistes envahissent la colonie, sans succès. Rentré en France en bateau comme de nombreux colons français, il va s’installer à Marseille, puis Aix-en-Provence, où il va ruminer sa rancœur et adhérer au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, un mouvement collaborationniste, écrivant plusieurs articles dans la publication du parti « Émancipation nationale ». Joignant le geste à la parole, il va participer à la chasse aux réfractaires du STO dans sa région à partir de l’été 1942.

Le 8 novembre 1942, apprenant la nouvelle du débarquement allié en Afrique du Nord, il écrit immédiatement au général Jannekyn, secrétaire d’état à l’air du gouvernement de Vichy et comme lui ancien as de 14-18, pour demander à être mobilisé dans l’armée de l’air et aller combattre l’invasion. Il recevra une réponse directement écrite par ce dernier le 16 novembre 1942, lui opposant un refus poli. Ce refus va provoquer une lettre violente de Battesti à laquelle Jannekeyn va répondre le 16 décembre 1942 « Je ne répondrai pas par contre à vos insultes, elles trahissent un manque d’équilibre qu’il m’est pénible de constater chez le vieux soldat que vous êtes. »

Alors que la zone libre est désormais envahie par l’armée allemande, Battesti va basculer dans l’ultra collaboration en étant accusé dans son dossier « d’avoir adhéré à la milice ou à une organisation équivalente.  » Le 5 août 1944, il est précisément accusé d’avoir participé à des pillages de diverses fermes dans la région de Charleval, au Nord-Ouest d’Aix-en-Provence. Il disparaît de la région au moment du débarquement de Provence. Une enquête de gendarmerie datée du mois de mars 1945 nous apprend ensuite que «  le 15 août 1944, jour du débarquement des Alliés en Méditerranée, Battesti, collaborateur notoire, accompagné de son épouse et de sa bonne, aurait quitté son domicile et serait parti dans une voiture allemande. Par la suite, il aurait été grièvement blessé ou fusillé par des patriotes de la région lyonnaise. »

La « bonne » dont il est fait mention est Mlle Juliette Jacquet, alors âgée de 23 ans, une jeune femme en rupture avec sa famille engagé par Battesti pour s’occuper de son épouse malade. Celle-ci sera tuée dans les combats de la libération victime d’un bombardement. Battesti est arrêté à une date indéterminée vers la fin de la guerre et immédiatement emprisonné : il est accusé d’avoir suivi en Allemagne une formation dans une école de renseignement et de sabotage. Inculpé d’atteinte à la sureté extérieure de l’Etat, il est incarcéré à la prison des Beaumettes à Marseille, d’où il sort le 6 février 1946 à la demande du médecin de la prison pour entrer à l’hospice de la Timone réservé aux aliénés mentaux. La cour de justice des Bouches du Rhône le condamne le 17 juin 1947 à 20 ans de travaux forcés, 20 d’interdiction de séjour, à la dégradation nationale et confiscation des biens. Le lendemain, il est radié des réserves de l’armée de l’air, par mesure disciplinaire. Il n’effectuera pas toute sa peine, étant sans doute amnistié comme nombre de collaborateurs après quelques années de prison – le 18 décembre 1948, il est toujours interné au centre d’hygiène sociale de Marseille.

S’installant à Alger avec Mlle Jacquet, dont il fait sa fille adoptive, il devient représentant local de l’association des vieilles tiges. En 1958 il affole l’administration de l’armée de l’air pour avoir participé à une réunion d’anciens où un officier supérieur de l’armée de l’air a pris la parole. Un message de Paris aux responsables locaux rappelle alors que l’ex-commandant Battesti est interdit de toute activité dans une association de l’armée de l’air , et que l’accès aux bases aériennes doit lui être rigoureusement interdit. Installé en Corse après l’indépendance de l’Algérie, il décède le 24 août 1977 dans son village natal d’Azzana.

Sources

- Dossier individuel SHD cote 1P 30853/1
- "Les Cigognes de Brocard au Combat", Editions La pensée universelle, 1975.

Palmarès de François Battesti

DateHeureEscadrilleAvion pilotéRevendiquéLieuNotes
1 24-avr.-17 18h00 SPA 73 SPAD Avion Ste Croix
P1 03-juin-17 8h00 SPA 73 SPAD Avion Pontavert
2 04-juil.-17 16h00 SPA 73 SPAD Avion Berry-au-Bac
3 12-nov.-17 SPA 73 SPAD Avion Foret de Houthulst
4 22-mai-18 SPA 73 SPAD Avion Birches
5 12-juin-18 SPA 73 SPAD Avion
6 16-juil.-18 SPA 73 SPAD Avion Avec S/Lt Claude Fontaine
7 29-oct.-18 SPA 73 SPAD Avion N. Laon